Témoignages: Trois étudiantes prostituées se confient

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PHÉNOMÈNE – Août 2015. Il est 16h, dans un café chic au centre ville de Tanger. Rendez-vous est pris avec Houda, Nada et Hanaa, (les prénoms ont été changés à la demande des intéressées). Elles ont respectivement 23, 22 et 16 ans. Aujourd’hui, elles portent une tenue “civile”, en toute simplicité: jean, t-shirt, baskets. Mais la nuit, toutes trois arborent un tout autre look, entre tenue léopard, cuissardes, jupes ultra courtes, et un maquillage prononcé. La nuit donc, les trois vendent leur corps en boîte de nuit, à des inconnus, ou alors rejoignent leurs clients dans des hôtels ou chez eux pour plusieurs centaines à plusieurs milliers de dirhams. Hanaa, la plus jeune, dangereusement maigre, longs cheveux ondulés, fume clope sur clope, des cigarettes light. Nada, cheveux teints en châtain roux et de grands yeux marron, parle spontanément, à l’inverse de Houda, plus réservée, physique de top model, tatouage sur le poignet, qui surplombe la table du haut de son 1m80. Elles nous racontent leur histoire.

Vous faites vos études ensemble?

Hanaa : Nada et Houda, oui, moi je suis encore au lycée.Nada : Je suis en deuxième année dans une école de commerce.

Comment vous vous êtes connues ?

Hanaa : Je connais Nada depuis que j’étais au collège, on trainait ensemble pour aller aux concerts ou en soirées…Nada : Pour sécher les cours aussi! (rires) J’étudiais dans un lycée juste à côté de son collège, on faisait partie du même groupe d’amis. On trainait toujours dans un jardin pas trop loin de nos écoles, on regardait les mecs jouer de la guitare, on fumait des clopes, on tuait le temps.

Comment en êtes-vous venues à vous prostituer?

Nada : Moi, personnellement, on m’a toujours proposé des relations sexuelles tarifées, et j’ai toujours trouvé ça dégoûtant. Mais à un certain moment, ma misère a dépassé mon dégoût et je me suis dit que je n’avais rien à perdre. D’ailleurs, c’est Hanaa (la plus jeune, ndlr) qui m’a présenté mon premier client!Hanaa : Oui je m’en souviens parfaitement, tu m’as appelée un soir pour me dire qu’il te fallait absolument de l’argent et que tu pensais à me rejoindre dans la… “Herfa” (profession, ndlr)! Je ne sais pas comment j’ai commencé… J’ai fait ça une fois pour avoir ma dose (un médicament commercialisé en pharmacie, utilisé comme drogue, ndlr) et c’est devenu une habitude. Je ne sais plus si j’ai fait ça parce que je suis accro ou si je suis devenu accro à force de faire ça… Enfin, je ne sais plus.Houda : Moi… C’est différent. J’ai toujours voulu plaire, séduire, et savoir combien je valais. Vous savez, recevoir du cash pour du sexe c’est comme si on vous donnait une note! J’ai toujours été curieuse de connaître ma note. Je n’ai pas vraiment besoin d’argent, ma famille est assez aisée… Bon, le vrai début c’était une fois où j’étais en boîte et un mec m’a fait la proposition, j’ai accepté et voilà. Au début il n’y avait que lui, puis après ses amis et au bout de quelques semaines, j’avais tout un réseau.

Vos familles sont au courant ?

Houda : Non! Ils me tueraient, surtout mon père. Je pense que si ils apprennent ça un jour, je me suiciderais.Hanaa : Mes parents croient que je suis une petite fille sage et innocente, ça les bouleverserait de savoir…Nada : Je crois que ma mère serait choquée mais elle pourrait vite s’habituer vu l’argent que je reçois. On en a vraiment besoin… Mon père est mort d’une crise cardiaque quand j’avais 4 ans, donc lui je peux être tranquille, il ne risque pas de m’en vouloir… (rires).Houda : Que dieu te pardonne, tu es horrible!

En parlant de dieu, vous êtes religieuses ?

Houda : Oui, je suis musulmane. Je jeûne mais je ne prie pas, que dieu me pardonne. Je réalise que c’est une sorte d’hypocrisie de faire ce que je fais et de croire en dieu mais… Tout est maktoub (prédestiné, ndlr).Nada : Oui, moi aussi je jeûne, je prie des fois… Comme a dit Houda, tout est question de maktoub.Hanaa : (Elle hésite) Ce que je crois ou ne crois pas, ça ne regarde que moi.

Est-ce que vous vous protégez des maladies sexuellement transmissibles ?

Houda : Oui, j’exige toujours un préservatif!Hanaa : (En riant) Et si c’est maktoub?Houda : (Embarrassée) Il y a des choses qu’on peut contrôler!Nada : J’ai toujours des préservatifs sur moi mais des fois, ils n’aiment pas ça…Hanaa : Ils n’aiment jamais ça! Je me protège mentalement (sourire), je téléporte mon esprit pendant l’acte et je ne le vis pas.Houda : Quand t’auras le sida lah ister, téléporte-toi mentalement…

Et des risques de grossesse ?

Houda : On prend la pilule.Nada : Oui, d’ailleurs je pense que ça fait grossir cette m****.Hanaa : Ça ou les trois shawarmas que tu fourres dans ta gueule à chaque repas! (rire)

Vos amis, vos camarades de classe… Ils sont au courant?

Houda : Nous menons des doubles vies, presque personne n’est au courant.Nada : Il y en a qui ont des soupçons et qui nous traitent de tous les noms… Ça ne me touche pas tellement. Ça me gène d’être jugée et ça m’attriste d’être insultée mais ça ne risque pas de changer grand chose. Ce n’est pas parce que je me fais traiter de p*** que je vais arrêter de l’être.

Qu’est ce qui pourrait vous pousser à arrêter?

Nada : Si je gagne au loto nchaalah.Hanaa : Je pense que pour arrêter il faut que je change radicalement de mode de vie et ce n’est pas évident.Houda : Je ne sais pas… Le jour où ça ne procurera plus cette espèce de satisfaction peut-être…

Que pensez vous du film “Much Loved” et de la polémique qui l’entoure ?

Houda : Nous n’avons vu bien sûr que les extraits, franchement c’est très réaliste. Par contre, la polémique qui a suivi, ça fait un peu peur. Si une actrice qui joue le rôle de prostituée se fait autant lyncher, les femmes qui le sont réellement se feront exécuter!Nada : Je pense que c’est réaliste mais c’est une réalité que tout le monde connaît et tout le monde déteste, ce n’est pas la peine d’en faire un film, c’est comme remuer le couteau dans la plaie.Hanaa : Nabil Ayouch est l’un des rares artistes lucides au Maroc, je respecte tout ce qu’il fait. Je ne pense rien du film, je ne l’ai pas encore vu et les extraits ne sont pas suffisants pour juger. En ce qui concerne la hayha (zizanie ndlr) sur les réseaux sociaux, c’est abusé. Facebook ça donne une voix à des personnes sans cerveaux et ça part en vrille. Moi, je n’ai pas l’impression que le film parle de moi personnellement, ça me parle c’est tout, même si moi aussi je sais faire tamaniatoune ! (rire)

Vous comptez continuer vos études ?

Houda : Oui, il ne faut pas que ça m’éloigne de mon objectif, qui est d’avoir une vie normale…Hanaa : Oui. Je veux devenir poète. J’écrirais des poèmes sur ça peut-être.Nada : Tu m’écriras un poème?Hanaa : Non, tu ne m’inspires walou (rien, ndlr)! (rire)

Rédaction du HuffPost Maroc

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