Quand le sexe est une drogue

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C’est un documentaire passionnant. Dans “Sex Addicts”, Florence Sandis et Alexis Marant abordent avec tact et sans tabou la vie, et parfois les souffrances, de ces drogués du désir.

Ils passent la plupart de leur temps à tenter de séduire. Et, surtout, de conclure. Ces hommes et ces femmes ont une telle voracité de plaire qu’ils se retrouvent un jour prisonniers de leur sexualité. Ils sont victimes d’une dépendance qui leur vaut le nom de “sex addicts” dans les pays anglo-saxons, où ce trouble du comportement a été identifié depuis longtemps. Avec beaucoup de patience et de délicatesse, les réalisateurs de ce passionnant documentaire, Alexis Marant et Florence Sandis, ont interrogé cinq accros au sexe, un mal qui finit par ronger certains d’entre eux. Car, incapables de s’attacher, ils s’enfoncent dans une spirale de rencontres sans lendemain : 5 % des adultes, autant d’hommes que de femmes, seraient concernés. Le psychanalyste Jean-Benoît Dumonteix, spécialiste de l’addiction sexuelle et intervenant dans ce film explique :

Contrairement à un coureur de jupons qui prend plaisir à séduire et considère ses partenaires comme des sujets, le sex addict, lui, ne les voit que comme des objets de satisfaction à son désir.  Il n’est pas dans un rapport amoureux mais dans un rapport de consommation. Comme avec un objet.”

La dépendance sexuelle reste encore un tabou

Samuel, Marc, Max, Samir et Elodie sont des Français ordinaires. Le premier est sans emploi. Les autres exercent respectivement les métiers de consultant, d’acteur et de trader. Seule Elodie n’indique ni son âge ni sa situation professionnelle. Par crainte, vraisemblablement, d’être ensuite montrée du doigt. Jean-Benoît Dumonteix poursuit :

A mon avis, beaucoup de femmes n’osent pas dire qu’elles ont cette addiction, parce que celle-ci renvoie à des images sociales négatives de l’ordre de la nymphomanie ou de la prostitution.”

Pour évoquer la course effrénée aux partenaires d’un moment à laquelle se livrent les dépendants sexuels, les interviews des cinq protagonistes, préparées chacune durant quatre heures, se déroulent sur un plateau encombré de mannequins de vitrine dénudés. “Leur présence exprime la multiplicité des corps et le côté déshumanisé des relations qu’entretiennent les sex addicts, expliquent Alexis Marant et Florence Sandis (1). Ce dispositif nous a aussi accessoirement permis d’éviter de flouter les visages de trois des témoins qui tenaient à l’anonymat. Ils sont filmés de dos. La dépendance sexuelle reste en effet encore un tabou.”

De la perte de soi  jusqu’au suicide

Ce comportement, lié à un besoin de s’oublier en se fondant dans d’autres chairs, peut mener, lorsque la perte de soi est trop forte, jusqu’au suicide. “Ça pouvait être plusieurs par jour, plusieurs par nuit”, témoigne Samuel. Tandis qu’Elodie confie :

C’est comme une force qui part du nombril et te pousse à aller faire l’amour.”

Une pulsion irrépressible qui tiendrait, très souvent, à des traumatismes provenant d’une enfance passée dans une atmosphère sexualisée ou auprès d’un parent lui-même victime d’addiction, à l’alcool par exemple. Le père d’Elodie cumulait les maîtresses. La jeune femme se souvient par ailleurs du dégoût et à la fois de la fascination qu’exerçaient sur elle les films pornographiques que son frère aîné visionnait avec des copains.

Toujours en manque, les sex addicts seraient à la recherche du “shoot” – le terme est le même que celui employé par les toxicomanes –, du flash, dans leur mémoire magique, ressenti lors de la première relation sexuelle. Ils pensent pouvoir le retrouver en multipliant les rencontres. Rien de plus facile aujourd’hui via les applications sur mobile et les sites spécialisés. Jean-Benoît Dumonteix dit encore :

Toutes les publicités de ces officines sont faites pour qu’on garde l’espoir de ne pas avoir tout vu, tout exploré, et pas encore trouvé la personne qui réunit tous les critères fantasmés. Forcément, cela peut créer une dépendance.”

Ce fut le cas pour Marc, 46 ans, aujourd’hui guéri, qui s’est longtemps adonné aux plaisirs solitaires en se connectant sur des sites pornos. “J’ai passé des journées entières à ne faire que ça, reconnaît-il. Je m’empêchais de manger. Je m’empêchais de dormir.” Max, de son côté, fanfaronne : “Chercher ma proie, conquérir des nanas, c’est comme un défi.” Il pense que mener une vie libertine et travailler en tant qu’acteur dans le milieu du X suffit à canaliser son désir. Samuel, quant à lui, parle carrément de “descente aux enfers”. Il a quitté Paris et ses démons pour s’installer auprès de sa soeur et de sa nièce sur l’île de La Réunion.

C’est au moment où la seule quête de sexualité fait souffrir que les sex addicts appellent au secours. Celui-ci peut venir de proches, mais une thérapie est souvent nécessaire. Afin, comme conclut joliment Jean-Benoît Dumonteix, de “devenir dépendant à cette drogue qu’est l’autre dans une véritable relation amoureuse”.

(1) Florence Sandis est coauteure, avec Jean-Benoît Dumonteix, de “Sex Addicts. Quand le sexe devient une drogue dure” (éditions Hors Collection, 2012).

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