Oujda: payer ses taxes municipales dans des conditions dégradantes

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Oujda Portail/ Zaid Tayeb

J’ai appris le matin du vendredi 9 janvier 2015, à mes dépens,  dans quelles conditions, les honnêtes citoyens de notre noble ville Oujda s’acquittent de leur devoir qui consiste à payer les taxes municipales dites dans le jargon commun ‘’ la taxe sur les lots non construits ’’. En voici le triste itinéraire.

   Il faut d’abord se rendre à l’annexe de la Municipalité qui a élu domicile au ‘’Bureau des Investissements’’ , à quelques enjambées de Bab El Gharbi. Là-bas, on vous dirige, soit au quatrième étage du même immeuble, soit au siège de la Municipalité, soit, chose curieuse, vers le ‘’Bureau des Passeports’’. Pour ce qui était de mon cas, je devais me rendre au ‘’bureau des passeports’’ ( sic !), c’est-à-dire à l’annexe de la Province d’Oujda, accolée à l’Hôtel Oujda, où autrefois, on délivrait les passeports. J’y suis allé tout en me demandant ce que je pourrais  bien faire dans un service qui, normalement, était destiné  à la remise des passeports. Arrivé devant le portail de cet immeuble à plusieurs étages, sur lequel flotte les couleurs du pays, j’ai vu une grande enseigne où il est écrit ‘’Bureau des étrangers’’. Comment le ‘’Bureau des Passeports’’ peut-il être le ‘’Bureau des Etrangers’’ ?  Il y avait foule devant les deux guichets, et une petite file de personnes entre des barrières en fer, pareilles à celles que l’on utilise pendant les visites du roi, avec un bonhomme au fond, occupé à écrire sur un gros registre. Je me suis dit que je m’étais sans aucun doute trompé de bâtiment ou du moins de porte de bâtiment. Ces personnes qui font la queue entre les barrières qui sont celles  que les autorités de la ville utilisent pendant les visites royales, et ces autres qui s’agglutinent autours des fenêtres des guichets devaient être, à non pas douter, des étrangers venus régulariser leur situation. Mais, moi, je suis marocain, et je viens pour payer mes taxes municipales !!! Je ne suis peut-être pas au bon endroit, me suis-je dit. Mais, j’ai vite remarqué que toutes les personnes qui faisaient la queue entre la barrière pour se faire enregistrer sur l’énorme registre et ceux qui s’agglutinaient devant les petites lucarnes avec des feuilles blanches qu’ils tendaient aux fonctionnaires de l’Etat emprisonnés dans leur cage de verre, étaient des créatures à la peau blanche ou légèrement basanée. En principe, si c’étaient des étrangers, ils devaient être parmi eux des personnes à la couleur de l’Afrique subsaharienne. A leurs vêtements et au teint de leur peau, j’ai conclu  qu’ils n’étaient ni des Syriens, ni des Africains subsahariens venus régulariser leur situation mais des Marocains venus dans ce lieu inapproprié payer leurs taxes municipales. Je devais donc faire la queue entre les barrières dont j’ai parlé plus haut, puis je me suis fait enregistrer sur le registre, puis j’ai fait une deuxième queue devant les deux lucarnes, puis j’ai remis mes documents au fonctionnaire, puis j’ai attendu un bon moment, puis on m’a donné une espèces de document sur lequel étaient portés des chiffres, puis j’ai quitté l’immeuble pour revenir au ‘’Bureau des Investissements’’. Une fois dans ce bureau, j’ai fait la queue devant une caisse où il y avait une foule avec des billets de banque à la main. J’ai remis au caissier mon document et la somme qui y est inscrite, puis on m’a demandé d’attendre un peu. J’ai attendu un bon moment avant que le caissier m’appelle par mon nom pour me remettre une quittance. J’ai quitté le ‘’Bureau des Investissements’’ pour revenir au ‘’Bureau des Passeports’’ devenu le ‘’Bureau des Etrangers’’, j’ai fait la queue devant les deux lucarnes puis j’ai remis la quittance au fonctionnaire qui m’a demandé d’attendre un peu. J’ai attendu un bon moment. Puis, il m’a remis mes documents et je suis revenu chez moi, fier de m’être acquitté de mon devoir de bon citoyen docile et bien sage. Il est bien vrai que j’avais un peu manqué de souffle en faisant cette navette.

Voilà donc les circonstances douloureuses, humiliantes et dégradantes pour les citoyens venus donner leur argent à l’Etat. Ils doivent faire la navette soit horizontalement entre le ‘’Bureau des Investissements’’ et le ‘’Bureau des Passeports’’ devenu le ‘’Bureau des Etrangers’’, ou bien entre le ‘’Bureau des Investissements et  le siège de la Municipalité, soit verticalement entre le rez de chaussée du ‘’Bureau des Investissements’’ et le quatrième étage de ce même ‘’Bureau’’.

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