Oujda: Abdelaziz Mokhtari accuse l’Etat français d’avoir refusé un visa à Aïcha d’ Oujda

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Abdelaziz Mokhtari accuse l’Etat français d’avoir refusé un visa à sa soeur Aïcha d’Oujda , atteinte d’un cancer et décédée au Maroc / Par SONYA FAUREIl ouvre un énorme classeur et en sort une à une des pochettes de couleurs différentes : «Voilà Copé, voilà Kouchner, Rama Yade, et là Hortefeux…» Dans un espoir un peu fou, peut-être naïf, certainement désespéré, Abdelaziz Mokhtari a envoyé ses lettres à une dizaine de politiques français. Il les a alertés sur la situation ubuesque et tragique de sa sœur, marocaine comme lui, Aïcha. Aïcha Mokhtari souffrait d’une forme rare de tumeur au genou, elle est morte le 15 août 2009, à 52 ans. Faute d’avoir obtenu un visa pour venir se soigner en France, selon son frère. Il veut aujourd’hui amener l’administration française devant les tribunaux.

Oujda: Abdelaziz Mokhtari accuse l’Etat français d’avoir refusé un visa à Aïcha d' Oujda
Oujda: Abdelaziz Mokhtari accuse l’Etat français d’avoir refusé un visa à Aïcha d' Oujda

En 2008, des médecins informent Aïcha Mokhtari qu’elle ne peut être soignée dans les hôpitaux de sa région, Oujda. «Son état nécessite une prise en charge à l’étranger», écrit par exemple ce médecin, dont Abdelaziz Mokhtari sort la lettre d’attestation de son gros classeur. Aïcha décroche un rendez-vous à l’institut Gustave-Roussy à Villejuif, en France, pour avril 2008. Elle fait une demande de visa médical le 25 mars. Refusée, quelques jours plus tard.

Homonymes. Le frère, conseiller de clientèle à la BMCI, une filiale du groupe BNP Paribas, écrit alors au ministère de l’Immigration, et le chef de cabinet de Brice Hortefeux, Pierre Castoldi, lui fait une réponse curieuse :«Aucune demande de visa au nom de Mme Aïcha Mokhtari n’a été récemment enregistrée […] depuis la dernière demande de visa […] qui a fait l’objet d’un refus le 10 avril 2007.» Aïcha n’a pourtant jamais fait de demande de visa en 2007, selon sa famille, et le courrier signifierait que le consulat n’a pas gardé la trace de sa demande d’avril 2008.

Après enquête auprès des consulats d’Oran et d’Alger, les Mokhtari sont persuadés qu’il y a confusion entre deux homonymes : il existe une autre Aïcha Mokhtari, née en Algérie en 1932, dont une demande a par le passé été refusée. Le cabinet d’Hortefeux s’est-il pris les pieds dans le tapis ? Ou, bien plus grave, le consulat de Fès s’est-il trompé d’Aïcha, en lui refusant son visa ? C’est la thèse d’Abdelaziz Mokhtari et de la sénatrice française des Verts Alima Boumediene, qui l’a accompagné dans son combat.

Aïcha va de plus en plus mal, elle mange peu, ne dort plus. Elle est hospitalisée trois fois en réanimation. Les Mokhtari saisissent la commission de recours contre les refus de visa d’entrée en France. Plus de dix mois plus tard, en mai 2009, nouveau refus. Aïcha meurt cet été-là, après une bataille administrative d’un an et demi.

Effondré, déboussolé, son frère a pris contact avec l’avocat William Bourdon. Ils ont adressé le mois dernier un courrier au ministère des Affaires étrangères : «La responsabilité de l’administration des services consulaires et par conséquent de l’Etat me paraît indiscutablement engagée, écrit Me Bourdon. Merci de me confirmer que votre ministère partage cette analyse de sorte que puisse être envisagée l’indemnisation des préjudices subis par la famille Mokhtari.» Dans le cas contraire, ils attaqueront l’Etat devant le tribunal administratif, qui devra trancher : y a-t-il eu erreur des services du consulat ? Aïcha aurait-elle pu être sauvée en France ?

Contacté par Libération, le ministère de l’Immigration préfère le silence : «Nous ne pouvons commenter l’affaire puisqu’un recours en responsabilité est en cours.» Le Quai d’Orsay a sa propre lecture de l’affaire. Pour lui, pas d’erreur, pas d’homonymie. Après avoir rappelé que «427 visas médicaux ont été délivrés au Maroc en 2008, un taux de délivrance de près de 80%», le service de communication du ministère envoie par mail des «éléments de langage» déjà employés par l’ambassade de France à Rabat, devant les journalistes marocains. «La demande de visa de Mme Mokhtari a été traitée par le consulat général de France à Fès avec toute l’attention nécessaire. Comme son dossier comportait des insuffisances, principalement liées aux modalités de prise en charge financière de l’intéressée, celles-ci ont été signalées à plusieurs reprises à la famille.»

Abdelaziz Mokhtari et la sénatrice Alima Boumediene, qui a elle-même envoyé de multiples pièces aux ministères et consulats, assurent au contraire que le dossier était complet. Abdelaziz sort une feuille de son classeur : l’attestation d’Isaaf Mondial assistance témoignant de l’existence d’un contrat au nom d’Aïcha garantissant ses frais médicaux à hauteur de 30 000 euros. La commission de recours aurait également motivé son refus selon le principe que «les soins pouvaient être prodigués au Maroc». Aïcha n’a pourtant pas été soignée.

«Autisme».«Il est clairement établi qu’on a privé cette femme d’une possibilité de survivre, estime l’avocat William Bourdon. L’obsession sécuritaire adossée à l’interconnexion des fichiers conduit mécaniquement à ce genre d’erreurs, pour une affaire d’homonymie. Celle-ci était tellement évidente qu’elle était facile à corriger. C’est ce qui rend l’affaire encore plus révoltante.» «La politique migratoire est rentrée dans une forme d’autisme», poursuit la sénatrice Alima Boumediene.

Au Maroc, l’affaire a suscité de nombreux articles, «127 en tout, et 5 reportages télé», précise le frère d’Aïcha Mokhtari, qui a également déposé plainte contre plusieurs ministres marocains pour non-assistance à personne en danger.

«Il y a eu une campagne de presse largement injuste envers la France», estime le Quai d’Orsay. Dans les journaux, les mots sont durs : «Hortefeux, Aïcha et le racisme», titre le Journal hebdomadaire. Ce journal indépendant (qui a fermé depuis) qualifiait d’«ignoble» le comportement du ministre dans l’affaire Mokhtari. L’hebdomadaire Tel Quel, lui aussi indépendant, préférait braquer sa critique sur les institutions marocaines : «C’est bien plus facile de penser que la France doit être tenue pour responsable que de pointer la déficience du système de santé marocain et l’absence d’un système de couverture maladie universelle.»

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aarab
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dossier regroument familial art 40

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