Les jeunes médecins et leurs homologues des autres professions

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Les jeunes médecins et leurs homologues des autres professions

Oujda Portail: Zaid Tayeb

Il y a longtemps que la tentation d’écrire un article sur la grève des élèves médecins me chatouillait, mais la crainte d’être mal compris à laquelle s’ajoutent l’appréhension de mal comprendre les tenants et aboutissants du problème et les motivations manifestes ou sournoises de nos futurs soigneurs m’en ont momentanément dissuadé. La tentation l’emporte sur l’appréhension. A défaut de bistouris et de scalpels, les élèves médecins ont sorti leurs slogans pour les envoyer à pleine face du ministre de la santé et par conséquent dans ceux du gouvernement.

Il faut  reconnaître que pour des élèves que l’on a toujours considérés comme des êtres délicats et raffinés par l’éducation, respectueux de la déontologie de la profession en sont arrivés à grogner de manière si féroce, si acharnée et si prolongée contre des décisions qu’ils qualifient d’arbitraires, au risque d’une année de la couleur de leurs blouses. D’après ce que j’ai compris, dans un contexte où les sources en information se font rares, imprécises et contradictoires et  où les médias ne font que colporter ce qui se dit sur les terrasses des cafés, les futurs médecins réclament l’abolition du service obligatoire  et le droit au recrutement. Mais d’autres revendications sous-jacentes, comme le manque de moyens et d’infrastructures médicales, auxquels s’ajoute l’interdiction d’exercer dans le privé, font surface quand le débat s’élargit. En effet, les deux années du service médical obligatoire à effectuer dans les zones rurales où la précarité se voit et se vit au quotidien, où les ruraux enclavés et isolés, confinés dans leurs huttes, leurs gourbis, ou leurs ‘’noualas’’, drapés dans la misère et la nécessité, par le froid de glace de l’hiver et la chaleur de fournaise de l’été, coupés géographiquement, socialement et économiquement du reste de leurs concitoyens par les frontières de la honte, sont un acte citoyen de sacrifice, d’abnégation et d’altruisme, par lesquelles les jeunes médecins sont conviés à venir en aide à leurs concitoyens dans leur épreuve.

Cette tranche de la population a, elle aussi, je crois, besoin des soins et de la présence à leur chevet des jeunes médecins nouvellement sortis et qui devaient, en principe, être remplis du désir d’être utiles pour ceux qui ont le plus besoin de leurs services, à savoir les ruraux en situation de précarité. De plus, les 7 années de formation dont ils ont bénéficié, ont coûté à l’Etat les yeux de la tête en infrastructures médicales et sanitaires, en professeurs,  en personnel, en stages ….

Il est de l’esprit émancipé et policé de reconnaître à l’Etat ce que l’Etat a donné, dans un cadre du ‘’ donner et recevoir//recevoir et donner’’,  les bienfaits qu’il leur a rendus pendant les 7 années de leur formation, en manifestant cette reconnaissance par un service dans des zones difficiles,  service qui devait être spontané et allant de soi, et non obligatoire ayant généré obligation d’un côté et refus de l’autre, car considéré comme châtiment ou corvée. D’un autre côté, le recrutement direct doit bénéficier à tous ceux qui ont été formés dans les centres de qualification de l’Etat, comme les ISPITS pour les infirmiers et infirmières, les CRMEF pour les enseignants,….Il en est donc des médecins d’une part ce qui en est des enseignants, des infirmiers et des  infirmières de l’autre.

Le règlement est applicable à tous dans un pays qui ne doit pas faire bénéficier des privilèges les uns sans les autres, puisque nous sommes dans un Etat de droit où les citoyens sont égaux devant les lois et règlements. Quant au manque de moyens de travail et à la vétusté des infrastructures hospitalières et médicales, les jeunes médecins n’ont qu’à penser à ces employés des communes rurales parachutés dans un bled qu’ils doivent rejoindre à dos d’âne ou de mulet, et qui, dans la plupart des cas n’ont même pas de chaises en nombre suffisant  pour se reposer ; j’en ai vu qui délivraient des documents debout sur leurs deux pieds.

Ne parlons pas de l’état des bureaux et de l’ensemble du bâtiment qui les abrite, ne parlons pas non plus des conditions de travail dans lesquelles ils accomplissent leur devoir ni de la qualité des équipements. Et à ces professeurs des écoles primaires qui doivent exercer dans une salle qui tient lieu à la fois de salle de classe et de logement. Une salle délabrée, en ruine, juchée sur une colline d’une quelconque commune rurale bien loin du monde des modernités, sans eau, sans électricité. Quatre murs, un toit, un professeur et quelques élèves que la crue d’un oued a charriés vers cette salle pour se repaître, le ventre creux et la tête dans le vent, des nourritures de l’esprit que leur professeur leur a ramenées dans son sac, avec ses effets personnels. A l’hostilité du lieu s’ajoute la misère des enfants engoncés dans des guenilles  où ils semblent flotter.

Ne disons pas comment et où ce professeur fait ses besoins naturels, ni comment et où il fait sa cuisine  ni comment et où il dort, ni comment et où il prépare ses cours et corrige les devoirs de ses élèves. Et l’employé de la commune et le professeur accomplissent leur devoir dans l’anonymat et le silence et depuis bien longtemps jusqu’au jour d’aujourd’hui, chacun à sa manière et chacun avec les moyens dont il dispose et que lui offre son ministère, faisant de toute chose utile un instrument de travail, recourant au système D pour combler les manques. Que cela tienne d’exemple et de voie. Que les médecins sachent qu’après leur formation, une autre réalité les appelle et qu’ils ne doivent pas s’attendre  à être affectés  dans des hôpitaux équipés de  radios à rayons X, d’échographes, de scanners, d’IRM, et tout le luxe d’un lieu de travail climatisé.

Zaid Tayeb

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