Le mouvement du 20 Février a-t-il un avenir politique ?

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Oujda Portail: Oujda le 22 août 2012, L’apparition et la propagation dans les esprits et dans l’espace de ce Mouvement ont puisé, dans leur quintessence, dans les développements des évènements extra-muros plus que dans une revendication nationale précise exprimant de façon claire des doléances majeures. Certes qu’à cette date une colère patente, continuellement alimentée par des récriminations de toutes natures venant enfler les précédentes demeurées lettres mortes, grondait à tous les niveaux de la société et n’épargnait pratiquement aucun secteur de l’État. Mais mystérieusement elle demeurait indéfiniment contenue dans des limites de ce qu’il convenait d’appeler le correctement admissible, comme si une main magique la maintenait en gestation au seuil de l’explosion, et lorsque quelques effets en transparaissaient ils se déviaient surtout vers la périphérie du Pouvoir, évitant intentionnellement des critiques frontales contre ce dernier en raison de la chape de sable ambiante qui se substituait insidieusement à la chape de plomb du règne précédent. Tout averti de la realpolitique marocaine savait qu’aucune revendication n’avait la moindre chance d’aboutir à un changement structurel sans piétiner quelque peu les platebandes du pouvoir régalien. Et en la matière, les esprits se tétanisaient dès qu’il s’agissait de la ‘ chose royale’ et pointaient, plutôt, du doigt des comparses qui servaient d’écran au système dans une connivence où chacun trouvait son compte. Avec l’Alternance, le pays devrait normalement entamer une nouvelle page dans le fonctionnement institutionnel. Il n’a fait en fait que franchir un cran de plus dans une agitation sociale tous azimuts, quasi-endémique, censée, cette fois-ci, peser sur le cours de l’Histoire, et dont les diplômés chômeurs semblaient servir d’ingrédients principaux pour une fronde qui finalement par manque de soutien franc et massif de la population a fait long feu. Durant treize ans, le Pouvoir a fait la sourdre oreille, préférant laisser pourrir la situation et comptant sur la lassitude des protestataires et la condamnation à terme de la société qui leur témoignait de moins en moins de sympathie pour finalement s’en lasser carrément. Et quand les esprits se surchauffaient quelque peu, la politique de la bastonnade aveugle et systématique et quelques condamnations judiciaires suffisaient pour les tempérer momentanément. Sans l’avènement du ‘ printemps arabe’ il est fort probable qu’il n’y eût pas de changement d’attitude de la part du Pouvoir avant des lustres ni de M20. Né incidemment, sans assise idéologique quelconque ni planification préalable, composé d’un agrégat de participants, allant de l’extrême droite à l’extrême gauche unissant islamistes et laïcs, démocrates et fascistes, légalistes et anarchistes, ouvriers et étudiants, chômeurs et hauts cadres de l’État et des entreprises, ce Mouvement fut jugé, pendant les tous premiers jours, peu menaçant, et aurait duré le temps d’une rose, par suite d’une radicale répression, s’il ne menaçait pas d’évoluer mentalement et de déborder le cadre national et celui des revendications classiques pour s’inscrire dans l’esprit de révolte ambiant en Tunisie, Libye et Egypte. L’assommant volume d’informations sur ces pays que déversaient pratiquement en boucle certaines chaînes satellitaires, notamment Al Jazeera et Al Arabia et la résonance de ces évènements dans l’esprit national faisaient craindre dans le pays, pour la première fois peut-être, un embrasement du malaise au niveau national et son instrumentalisation en une opposition qui menacerait les fondements du système. Il devenait évident que le temps ne pouvait que relier et lier davantage ce Mouvement, encore limité à ses débuts, à la tournure révolutionnaire, et sanglante, qui prédominait dans les pays sus indiqués, d’autant que les regards lorgnaient beaucoup notre voisin immédiat, censé basculer à brève échéance lui aussi dans la violence. Le Pouvoir se devait donc de couper les ponts avec cette atmosphère délétère, en provenance de l’extérieur, et de cadrer le Mouvement marocain dans sa dimension locale, à défaut de pouvoir le combattre ou le juguler à ce moment. Le Roi sut diagnostiquer la menace à distance et la contenir avant qu’elle n’échappe à tout contrôle. En balisant les contours de la Révision constitutionnelle dans des proportions qui furent globalement jugées satisfaisantes par les partis politiques, les médias et autres milieux influents, le discours royale du 9 mars sonna, du coup, le glas du M20 qui s’est vu retirer subitement le tapis sous les pieds. Les esprits s’apaisèrent dans une large mesure. De nombreuses sphères, le matin encore les yeux braqués sur nos voisins de l’Est, ont préféré enfourcher l’initiative royale dans l’espoir d’infléchir la Réforme dans le sens souhaité. Les jeunes qui, sans expérience adéquate, ont cru qu’en surfant sur le Web ils pouvaient surfer, aussi facilement, sur l’échiquier politique ont vite fait de prendre la mesure de leurs limites. Certains ont déserté vers des formations politiques qu’ils décriaient pas si longtemps avant. Pour diverses autres raisons, plusieurs de ses animateurs ont replongé dans l’anonymat. Vidé de ses ressorts psychologiques par l’adoption de la nouvelle Constitution qui a fait rentrer dans les rangs les masses qui peu avant encore enflammaient les artères, et abandonné par des formations qui n’avaient pas d’intention véritable d’aller plus loin que de grignoter du Pouvoir quelques avantages, le M20 ressemblait, dès lors, à un vautour auquel on a rogné les ailes. Il ne recouvrit plus l’adhésion populaire d’avant le référendum et encore moins l’aura que certaines sphères s’étaient précipitées à lui tisser. Il fut donné pour moribond. Le coup fatal lui sera porté, plus tard, comme cadeau d’anniversaire empoisonné, par le surprenant retrait officiel de ses rangs de Al Adl Wal Ihsane qui en constituait sa colonne vertébrale et sa principale cheville ouvrière, apparemment pour des raisons stratégiques internes à cette mouvance. Dès lors, ayant perdu sa capacité initiale de mobilisation, il s’est disloqué en une multitude de groupuscules autonomes les uns des autres, à dimension plutôt régionale, voire locale, opérant de façon impulsive et chaotique, avec une propension à la violence dans certains cas. Il continuera, néanmoins, d’entretenir une certaine nostalgie dans l’imaginaire populaire, celle d’une fronde issue des profondeurs de la société, qui a défié le Pouvoir et failli en ébranler les assises. Quatre acquis incontestables peuvent être inscrits à son compte :
– Pour la première fois, pratiquement depuis l’Indépendance, le Pouvoir a donné des signes de faiblesse et a reculé. – Pour la première fois, il a reconnu la puissance de la rue. – Pour la première fois, une révision constitutionnelle a été opérée suite à une exigence populaire. – Pour la première fois, une formation islamiste s’est imposée dans l’enjeu gouvernemental en enfourchant cette fronde populaire, même si aussitôt au pouvoir elle a couru rendre, plutôt, grâce à la mémoire du Dr Khatib.Depuis les 7 et 8 juillet 2012, 27 ‘ Coordinations’ se réclamant du M20, tentent de lui réinsuffler vie. Apparemment en cherchant à fédérer dans le même creuset des bonnes et moins bonnes volontés qui ont chacune sa spécificité, ses objectifs, son champ et méthode de manœuvre et ses calculs. C’est-à-dire à reproduire la même erreur de le reconstituer en une mosaïque de courants hétérogènes. En tout état de cause, le nouveau contexte politico social créé par la nouvelle Constitution ne permet plus au M20 de se ressourcer dans la même atmosphère qu’en 2011. La stratégie de l’occupation de la rue ne sera plus payante au plan psychologique. À long terme, elle produira l’effet inverse ; la population s’en lassera et le Mouvement sera perçu comme un facteur de perturbation sociale. L’Etat en profitera pour le discréditer et le réprimer brutalement, voire le déclarer anti-social et l’interdire. Dès lors, la seule voie qui s’offre au M20, s’il tient à pérenniser la part qui lui revient de cet héritage moral politico historico constitutionnel issu de cette fronde nationale dont il fut, incontestablement, le fer de lance, est de s’inscrire dans la légalité. En clair, le M20 reste encore un mouvement de foule, c’est-à-dire une force sociale anonyme qu’il lui appartient de ‘personnaliser’ pour prendre date dans l’Histoire. Il lui faut, nécessairement, se muer en force politique. Pour cela, il doit :– S’organiser autour d’une direction homogène, sui generis, qui devra en constituer la colonne vertébrale, et éviter de se faire parrainer par une sorte de ‘Conseil d’administration de l’agitation’ où chacun cherche à monnayer sa contribution dans l’intention d’enfourcher l’aura du Mouvement à des fins personnelles ou partisanes ou sectaires, ou au mieux nourrissant juste l’ambition de piloter un parti de plus – rompre avec la tactique de la démonstration de force et des slogans oiseux, mineurs, subjectifs ou sectoriels qui tout au plus entretiennent une surenchère verbeuse qui n’a aucun impact probant sur les sphères décisionnelles. – Se présenter en tant que force politique pilotant un réel projet de société novateur et osé, se distinguant carrément de ‘la prose surannée’ et des sentiers battus des programmes de services et électoraux de l’échiquier politique existant.– focaliser la stratégie sur un nouveau type de revendications qui puissent convaincre et pousser la masse à adhérer à une action pour un changement en profondeur de l’échiquier constitutionnel et des mœurs politiques établies, que cinq décennies d’un exercice institutionnel biaisé ont profondément ancrées dans les esprits. Dans ce contexte, l’objectif à privilégier devra tendre à une nouvelle révision constitutionnelle en vue d’une Refondation globale et totale de l’Etat, un thème que j’ai érigé dès 2008 en doctrine, à travers un Manifeste politique dont un extrait, en 17 pages, a servi de Mémorandum remis, le 2 mai 2011, à la Commission centrale de la révision constitutionnelle.

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Mohammed Mellouki

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