Le Dernier Jour d’un condamné : les activités du narrateur condamné Essai d’explication d’une œuvre au programme des premières années du baccalauréat marocain

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Oujda: Zaid Tayeb/ Oujda Portail: ” Le Dernier Jour d’un condamné’’ : les activités du narrateur condamné 
Essai d’explication d’une œuvre au programme des premières années du baccalauréat marocain Le narrateur condamné, enfermé à la prison de Bicêtre depuis six semaines, attend le jour de son exécution sur la place de Grève. Six semaines à attendre dans les angoisses et les terreurs de la lente agonie, la mort qui met six semaines à venir. Six semaines d’agonie entre les quatre murs d’un cachot de qui n’est pas plus spacieux qu’une tombe qu’il préfigure avec sa superficie, sa nudité et son obscurité. En attendant la mort, le condamné entreprend, avec les moyens dont il dispose et que lui offre sa cellule nue et froide, d’occuper son temps à des activités culturelles. Qu’y-t-il de mieux que cela pour un être qui se dit ‘’raffiné par l’éducation’’ et qui parle latin (Chapitre II) dans un lieu où l’argot est le parler au quotidien ? 1- L’activité d’apprendre l’argot : une fois transféré à Bicêtre, le narrateur condamné qui est loin d’entretenir une quelconque affinité avec les forçats incarcérés dans cette prison dans l’attente d’être envoyés au bagne de Toulon, tente en tant que garçon ‘’raffiné par l’éducation’’ comme il le disait au chapitre III d’établir la conversation en latin avec un concierge. Mais bien vite il se rend à l’évidence que ce dernier qu’il veut rehausser à son niveau culturel n’est rien d’autre qu’un ignorant ‘’et surtout quelques mots en latin que j’adressai au concierge, qui ne les comprit pas’’ (chap.V). Faute de pouvoir élever les pensionnaires de Bicêtre à son niveau, il va faire l’effort de se mettre au leur en apprenant leur langue : ‘’ Ils m’apprennent à parler argot, à rouscailler bigorne’’ (Chap.V). Il semble que le narrateur condamné a oublié le lieu où il est et par conséquent quelle langue convient à ce lieu sinistre et à ses personnages. Toutefois, il déclare avec dégoût qu’il n’aime pas cette langue qu’il est obligée d’utiliser et d’écouter. -Tantôt il s’attaque à la langue argotique : Il la compare une fois à une verrue greffée sur une partie du corps qu’elle enlaidit et déforme :’’C’est toute une langue entée sur la langue générale comme une espèce d’excroissance hideuse, comme une verrue’’ (chap.V). Une autre fois à des bestioles repoussantes par leur aspect dégoûtant’’ On dirait des crapauds et des araignées’’ Chap.V) ; -Tantôt il s’en prend à ceux qui la parlent. Par l’acte de parler qui est sensé porter un noble message dit dans une noble langue à l’attention d’un auditeur attentif à un noble contenu, l’émetteur ne ferait par cette horrible langue qu’éclabousser l’auditeur par l’horreur de ses ‘’mots bizarres, mystérieux, laids et sordides, venus on ne sait d’où’’. ’’Quand on entend parler cette langue, cela fait l’effet de quelque chose de sale et de poudreux, d’une liasse de haillons que l’on secouerait devant vous’’ (Chap.V). Cette diatribe contre l’argot ne s’arrête pas au seul chapitre V. Le lecteur la retrouve sous différentes formes et en particulier dans le chapitre XVI où il dit’’ Le patois de la caverne et du bagne, cette langue ensanglantée et grotesque, ce hideux argot marié à une voix de jeune fille…’’.L’acte contraignant d’apprendre l’argot permet au narrateur condamné de porter un jugement dépréciatif très marqué sur cette langue qui est à coup sûr celui de Victor Hugo lui-même, mais et surtout de considérer qu’il est tombé si bas parmi des gens dons les uns le plaignent et les autres restent indifférents et froids à son égard.2-L’activité d’écrire ‘’ Je me suis dit : puisque j’ai le moyen d’écrire, pourquoi ne le ferais-je pas ?’’ (Chapitre VI) ; ‘’Que ce que j’écris ici puisse être un jour utile à d’autres… ‘’(Chapitre VII). Quoi écrire ? Pourquoi écrire ? Pour qui écrire ? Ecrire pour soi et écrire pour les autres. L’écriture a donc pour le narrateur condamné une double fonction : a- Une fonction récréative immédiate : L’écriture est un remède à ses souffrances et un soulagement à ses angoisses et à ses terreurs ; écrire lui permet donc de ne pas penser à ce qui l’attend sur la place de Grève. Ecrire occupe son esprit habité par l’idée qu’il est ‘’condamné à mort’’. ‘’D’ailleurs, ces angoisses, le seul moyen d’en moins souffrir, c’est de les observer, et les peindre m’en distraira’’ (chapitre VI). b-Une fonction argumentative mais lointaine celle-là puisqu’elle ne se réalise qu’après son exécution. Le ‘’journal’’ qu’il aura écrit en prison sera sans doute retrouvé et lu par les hommes de loi qui y trouveront une vérité poignante sur les angoisses morales éprouvées par le condamné à mort qui attend son exécution et qu’ils n’auront pas soupçonnées. Ce ‘’journal ‘’ les fera réfléchir et peut-être même contribuera-t-il à l’abolition de la peine de mort. ‘‘Et puis, ce que j’écrirai ainsi ne sera peut-être pas inutile’’ (Chapitre VI) ; ‘’Peut-être cette lecture leur rendra-t-elle la main moins légère, quand il s’agira quelque autre fois de jeter une tête qui pense, une tête d’homme, dans ce qu’ils appellent la balance de la justice ?’’ (chapitre VI) ; ‘’Que ce que j’écris ici puisse être un jour utile à d’autres, que cela arrête le juge prêt à juger, que cela sauve des malheureux, innocents ou coupables….’’(chapitre VII) . Mais cette fonction ne profitera pas au narrateur condamné car elle se réalisera après sa décapitation : ‘’ Jeter bas l’échafaud après que j’y aurai monté ! je vous demande un peu ce qui m’en reviendra’’( Chapitre VII L’activité d’écrire a donc une fonction momentanée qui ne va pas plus loin qu’un ameublement de temps. 3- L’activité de calculer : Dans les chapitres VIII, IX et X, le narrateur condamné se livre à une double activité : compter et mesurer : a-Compter : il compte les jours qui lui restent en calculant le temps nécessaire à l’accomplissement des démarches de la procédure du pourvoi en cassation : ‘’Comptons ce qui me reste.’’ (Chapitre VIII). Ce qu’il faut remarquer dans l’opération de compter est la lenteur des procédures judiciaires et administratives du pourvoi en cassation et la vitesse avec laquelle le pourvoi accomplit son parcours à l’aller et au retour. Si le pourvoi fait 41 jours à l’aller( 3 jours de délai après l’arrêt+ 8 jours d’oubli au parquet de la cour d’assises+15 jours d’attente chez le ministre+15 jours à la cour de cassation= 41 jours au total). Au retour, au contraire, il ne fait que trois jours ‘’enfin la cour s’assemble….et renvoie le tout au ministre( 1 jour)+qui renvoie au procureur général(1 jour)+ qui renvoie au bourreau( 1 jour)=Trois jours’’ (Chapitre VIII). Le rejet du pourvoi en cassation tombe à la même vitesse que le couperet de la guillotine installée sur la place de Grève. Au niveau du chapitre IX, le narrateur condamné veut bien faire son testament ’’Je viens de faire mon testament’’ pour sa famille. Mais il y renonce bien vite : dans la situation où il est, qu’a-t-il à lui laisser après sa mort ? Rien. Tout ce qu’il a à lui léguer, c’est le déshonneur, la honte, la ruine et bien d’autres malheurs qui feront d’elle une famille brisée après l’exécution du condamné. b- Mesurer et décrire son cachot. En effet, le cachot ne fait que huit pieds carrés de surface avec une lucarne de neuf pouces carrés. Sa cellule n’est pas plus grande qu’une tombe qu’elle préfigure. L’espace dans lequel il se meut ne lui offre pas l’inspiration nécessaire à l’écriture comme il le dit au début du chapitre VI :’’pris entre quatre murailles de pierre nue et froide, sans liberté pour mes mouvements, sans horizon pour mes yeux…’’. Mais l’exigüité du cachot n’aliènera pas la volonté d’écrire qui l’anime. Il est convaincu de la nécessité de laisser un témoignage des souffrances et des horreurs d’un condamné à mort qui attend le jour de son exécution. 4- L’activité de lire : ‘’Je me suis levé et j’ai promené ma lampe sur les quatre murs de ma cellule. Ils sont couverts d’écritures, de dessins, de figures bizarres, de noms qui se mêlent et s’effacent les uns les autres’’ (chapitre XI). Le temps est long et lent, et la nuit l’est encore plus. Il convient de rappeler qu’il est question plus de temps psychologique que de temps chronologique. Les angoisses et les terreurs, nées de sa condamnation à la peine de mort, qui obsèdent le narrateur condamné, ne naissent-elles pas de la lenteur du temps qui se fait indéfiniment long ? En attendant le jour qui tarde à poindre, le narrateur condamné occupe ce qui reste de la nuit à lire les graffitis dont les murs sont couverts. Graffitis laissés par ses prédécesseurs qui ont occupé le cachot avant lui, le temps d’un pourvoi en cassation, et qui ont laissé des témoignages de leur passage sur les quatre murs avant d’aller laisser leur tête sur la place de Grève.’’ Si j’avais l’esprit plus libre, je prendrais intérêt à ce livre étrange qui se développe page à page à mes yeux sur chaque pierre de ce cachot’’ (chapitre XI) Chose étrange : si le narrateur condamné n’existe pas et n’a jamais existé en dehors du livre ‘’le Dernier Jour d’un Condamné’’, les noms laissés par leurs auteurs sur les murs qu’occupe le narrateur condamné ont bel et bien existé. Ce qui peut-être vu comme une singularité dans un roman de fiction. La fonction de la lecture des graffitis laissés par des auteurs authentiques permet au narrateur condamné de se situer et de mesurer la gravité de son délit par rapport aux autres condamnés à mort qui ont transité par Bicêtre et qui ont séjourné dans la même cellule où il est. En effet, selon les graffitis, il y a deux types de condamnés à mort : a- Les condamnés politiques pour délit d’opinion (chapitre XI). Le mot ‘’ La République’’ associé au nom Bories (de son vrai nom : Jean-François-Bories) qui est l’un des quatre sergents accusés de conspiration contre la Monarchie de Louis XVIII et exécutés en Place de Grève en 1822, montrent clairement les tendances républicaines des condamnés à mort, exécutés à cause de leurs idées. Quant à la phrase ‘’Vive l’empereur 1824’’, elle affiche le penchant de son auteur pour Napoléon Bonaparte (1804-1815).Le délit des uns et des autres est un délit d’opinion. Leur seul crime est d’avoir émis des opinions contraires à celle en vigueur à leur époque. Ceci nous rappelle une autre époque non moins obscure évoquée par Voltaire dans ‘’Candide’’ où l’inquisition contrôlait l’opinion publique de manière policière et tyrannique :‘’ on vint lier après le dîner le docteur Pangloss et son disciple Candide, l’un pour avoir parlé, et l’autre pour avoir écouté avec un air d’approbation…’’(Chapitre VI). b- Les monstres du crime (Chapitre XII) : commettre un parricide, assassiner sa femme, tuer son frère, découper son cadavre en quartiers et les disperser en différents endroits de Paris, empoisonner son ami et feindre de le soigner tout en continuant à lui donner du poison, poignarder de jeunes enfants : voilà des crimes odieux et abominables commis par des monstres à figure d’hommes ! Le narrateur condamné mesure son délit en le comparant aux délits des uns et aux crimes des autres. Comparé au délit d’opinion des premiers, son crime est beaucoup plus grave et il le reconnaît lui-même :’’Pour une idée, pour une rêverie, pour une abstraction, cette horrible réalité qu’on appelle la guillotine ! Et moi qui me plaignais, moi, misérable qui ai commis un véritable crime, qui ai versé du sang !’’ (Chapitre XI). Comparé aux crimes des criminels monstrueux et sauvages, son délit est sans commune mesure avec eux : ‘’ c’est ici, sur la même dalle où je suis, qu’ils ont pensé leurs dernières pensées, ces hommes de meurtre et de sang ! C’est autour de ce mur, dans ce carré étroit, que leurs derniers pas ont tourné comme ceux d’une bête fauve.’’ (Chapitre XII). Ce qui faite naître dans son esprit fragilisé par les crimes odieux des assassins sans scrupules, des hallucinations qui se confondent avec la réalité :’’ Il m’a paru que le cachot était plein d’hommes étranges qui portaient leur tête dans leur main gauche, et la portaient par la bouche, parce qu’il n’y avait pas de chevelure. Tous me montraient le poing, excepté le parricide’’ (Chapitre XII)5- L’activité d’assister à un spectacle : La prison de Bicêtre, qui, habituellement, baignait dans la morne platitude et dans le silence sinistre d’un quotidien sur lequel plane une atmosphère d’un deuil en préparation et d’où s’exhale la senteur d’un profond malheur humain, où les jours se ressemblent sans rien apporter de nouveau que leur lot quotidien de douleurs et d’angoisses causées par l’homme à l’homme, sauf que chaque jour mis de côté cède la place à un autre qui rapproche encore plus le condamné du jour de son exécution, la prison de Bicêtre, dis-je, se réveille sur une agitation inaccoutumée. En effet, il semble qu’il va se passer quelque chose d’inhabituel et de nouveau pour le narrateur condamné : il s’agit, comme le lui apprend un garde chiourme, du ferrage des galériens et à leur transfert pour le bagne de Toulon : ‘’Fête, si l’on veut, me répondit-il. C’est aujourd’hui qu’on ferre les forçats qui doivent partir demain pour Toulon’’. Puis il l’invite au spectacle et le place dans une autre cellule qui donne sur la cour de la prison et d’où il peut voir et lui ajoute avec une pointe d’ironie ‘’Tenez, me dit-il, d’ici vous verrez et vous entendrez. Vous serez seul dans votre loge comme le roi’’. Le mot ‘’loge’’ place le récit dans son cadre dramatique théâtral. La cellule du condamné devient loge, la cour de Bicêtre une salle de spectacle, les bagnards en titre des acteurs et les aspirants des spectateurs. Une fois dans sa loge, le narrateur condamné peut voir le spectacle qui va se dérouler sous ses yeux pensant sans doute que cela lui apportera quelque ‘’amusement’’. Le spectacle se déroule en trois actes comme il dit lui-même au chapitre XIII ‘’Ainsi, après la visite des médecins, la visite des geôliers ; après la visite des geôliers, le ferrage, TROIS ACTES A CE SPECTACLE’’. L’amusement auquel il croit aller assister se transforme devant ses yeux en un drame en trois actes aussi dramatiques l’un que l’autre et où le bâton est l’instrument pédagogique par excellence : ‘’Un argousin les aligna avec son bâton’’ (Chap.XIII) ; ‘’On n’entendit plus que le grelottement des chaînes, et par intervalles un cri et le bruit sourd du bâton des gardes-chiourme sur les membres des récalcitrants’’ (Chap. XIII) ; ‘’Les gardes-chiourme rompirent la danse des forçats à coups de bâton’’ (Chap. XIII) ; ‘’Je vis les coups de bâton pleuvoir au hasard dans les charrettes, sur les épaules ou sur les têtes’’(Chap.XIV). L’acte sans doute le plus barbare est celui du ferrage des galériens que le narrateur condamné prend en pitié en voyant certains d’entre eux pleurer et leur départ pour une destination dont beaucoup ne reviendront jamais.Le ferrage des forçats ( Chap. XIII) et leur départ pour le bagne de Toulon(Chap.XIV) permettent au narrateur condamné d’évaluer sa peine en tant que condamné à mort en la comparant à celle des galériens condamnés aux travaux forcés, ces damnés de la société et du système carcéral au drame duquel il a assisté, ayant pensé qu’il allait s’amuser en allant se mettre à la fenêtre qui donne sur la cour de la prison. Le lecteur ne trouvera pas mieux que ce que cette conclusion par laquelle il clôture ces deux chapitres : ‘’Et c’est là pour eux le commencement !Que me disait-il donc, l’avocat ? Les galères !Ah ! oui, plutôt mille fois la mort ! plutôt l’échafaud que le bagne, plutôt le néant que l’enfer ; plutôt livrer mon cou au couteau de Guillotin qu’au carcan de la chiourme ! Les galères, juste ciel !’’ (Chap.XIV).Il a tranché. Il ne regrette pas ce qu’il a dit à son avocat qui cherchait à écarter la préméditation pour obtenir la perpétuité avec les travaux forcés. Non, il ne regrette pas : sa peine en tant que condamné à mort est bien meilleure que celle des galériens.A SUIVRE… Zaid Tayeb

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