La Boîte à Merveilles de Séfrioui :La multiplicité des récits

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2016 11 19

Oujda Portail: Zaid Tayeb

A la page 147 de la Boîte à Merveilles (édition Librairie des Ecoles), Ahmed Séfrioui fait dire le narrateur de Lalla Aïcha ‘’Lalla Aïcha s’affala au milieu des coussins, soupira de satisfaction et commença son récit. Ce n’était pas à vrai dire un récit, mais une série d’événements accolés les uns aux autres. Parfois, les faits devenaient si compliqués que Lalla Aïcha elle-même ne savait plus où elle en était. A ces moments, son visage se troublait, une sorte d’angoisse lui crispait les traits, ses yeux trahissaient une profond inquiétude, mais bientôt un large sourire venait dissiper l’orage et Lalla Aïcha reprenait son monologue’’. Si la première tranche de cette confidence s’applique à la Boîte à Merveilles comme œuvre littéraire, la seconde à l’attitude des lecteurs face à l’œuvre elle-même. On ne peut contredire l’auteur devant le désarroi qui s’empare de Lalla Aïcha qui s’empêtre dans son récit dont elle ne peut ni démêler les différentes péripéties qui le composent, ni agencer ses événements selon un ordre de priorité, de grandeur ou d’intérêt, pour en faire un récit cohésif, connexe et isotope. Que faire quand le narrateur perd le fil de la narration ? Que faire quand rien ne vient ou quand tout vient à la fois ? Le narrateur est pris de panique devant ses auditeurs. En effet, la narration a une double direction ; en premier, elle est destinée à la consommation immédiate puisque orientée vers des auditeurs ou de préférence des auditrices physiques et réelles et présentes, dans ces cas- là, le récit de Lalla Aïcha s’adresse aux femmes qui l’écoutent et les convenances et les conventions veulent que le narrateur soit capable de gérer son récit avec fluidité et continuité, que toute interruption survenue dans le récit soit perçue comme un handicap répréhensible et par conséquent blâmable car elle est nuisible aux règles de la narration. En second lieu, la narration est destinée aux lecteurs, personnes morales et potentielles qui n’admettent pas les interruptions et tout reproche formulé par eux sanctionnera directement l’auteur tenu pour le premier responsable et non le narrateur considéré comme son fondé de pouvoir. Lalla Aïcha s’embourbe dans son récit dont elle n’arrive pas à gérer les événements. Le récit de lalla Aïcha, femme sans instruction, est à la dimension de sa personne .Que dire alors des récits qui composent la Boîte à Merveilles ? Il est vrai que cette œuvre est constituée d’une multitude de récits qui le plus souvent n’ont aucun lien les uns avec les autres et aucune incidence les uns sur les autres. Ce sont des récits accolés les uns à la suite des autres, juste, me semble-t-il, pour le besoin du remplissage. Le seul récit qui structure le roman est celui de Lalla Aïcha et de son mari : il commence au chapitre 2 et ferme l’œuvre au dernier chapitre : Lalla aïcha menait une vie paisible sans enfant avec son mari Moulay Larbi le babouchier quand survient une perturbation déclenchée par son associé Abdelkader qui fait repartir ses affaires à zéro, après la remise en marche des affaires du babouchier relancées par l’épouse ayant consenti à se défaire de ses bijoux pour faire honneur à son mari, celui-ci l’abandonne pour la fille du coiffeur mais bien vite il doit lui revenir. C’est le seul récit qui obéit au schéma narratif et qui domine tous les autres récits et par son poids narratif et par sa structure complexe dont l’une des péripéties est longuement développée par Salama la marieuse. Contrairement aux autres récits qui jalonnent l’œuvre et constituent un fardeau pour les jeunes lecteurs, le récit de Lalla Aïcha mérite de retenir l’attention des lecteurs. Ce que les lecteurs et surtout les jeunes d’entre eux, en l’occurrence les élèves de première année du baccalauréat ont du mal à supporter, c’est la multiplicité des récits qui composent la Boîte à Merveilles ; et qui parle des récit parle également des personnages puisque à multiplicité de récits profusion de personnages : que doivent retenir les élèves du récit du bain maure et des femmes qui viennent s’y purifier le corps? Du récit de Sidi Boughaleb et ses foules de femmes venues y vider leurs maux sur le mausolée ? Du récit de Sidi El Arafi le voyant aveugle et ses prédictions au sens obscur comme l’est le regard laiteux de ses yeux crevés ? Du récit de Abdellah l’épicier qui divise la communauté en partisans et en adversaires ? Du récit de la mort de Sidi Mohammed Ben Tahar le coiffeur et des lamentations des femmes aussi bien sur le défunt que sur leur propre sort ? Du récit de Si Othman le vieux et de son mariage avec une fille beaucoup plus jeune que lui ? Et la liste est encore longue. Tous ces récits et bien d’autres que j’ai pris soin de ne pas citer faute de place et pour des raisons de commodité déroutent les jeunes lecteurs car ils ne participent ni à la construction du nœud, ni à celle du dénouement. C’est la platitude de la vie et la banalité des occupations des femmes de l’époque qui meublent le trop plein de leur temps par les commérages, par les lamentations, par la consultation des voyants ou voyantes ou encore par les pèlerinages des saints de la ville pour y chercher refuge, sécurité, protection, soins du corps ou de l’âme, ou tout simplement un prétexte ou un alibi pour sortir de chez-elles en l’absence des maris.

Zaid Tayeb

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